COMMEMORATION DES DISPARUS EN MER, SUR LES ROUTES DE L'IMMIGRATION CLANDESTINE

06/02/2019

En ce début du mois de Janvier 2019, les Mauritaniens ont été amèrement secoués par la disparition tragique en mer de plusieurs dizaine de jeunes candidats à l’immigration  lors de la traversée de la méditerranée pour se rendre en Espagne via  le Maroc.  


L’immigration clandestine est devenue un véritable phénomène de société. Elle est encouragée, exhortée, financée avec la bénédiction des familles. Le phénomène prenant de l’ampleur, il est devenu difficile voire impossible de l’éradiquer malgré les drames qu’ils causent tous les jours.

                     

Les jeunes voyagent et partent loin de leurs familles, de leurs terres natales, abandonnant femmes et enfants, amis et proches, à la recherche d’une vie meilleure et des moyens de subsistance. Mais nul n’est appelé à tourner le dos à ses réalités et à ses origines de façon totalement volontaire.


La pauvreté, véritable vecteur de motivation à l’immigration clandestine, est le premier déclencheur du désir à quitter sa terre natale secondée par le facteur de survie, l’envie et le courage de donner un sens à sa vie, le désir d’être utile.  Nous sommes devenus des fous du voyage. Nous n’avons plus de limite dans notre élan. Le phénomène prend maintenant des allures avec des drames qui se succèdent.


La responsabilité de nos gouvernants est engagée à bien des égards. Leur désengagement dans la recherche de solutions adaptées vis-à-vis des besoins des populations devient  la source des égarements et des désespoirs. L’éducation est bafouée au plus haut degré. Les richesses de l’état sont injustement  partagées et mal gérées. Le système de favoritisme alimente partout le fonctionnement de notre administration. Une minorité s’arroge  les biens de l’état et s’enrichit sur les dos des pauvres.  Le taux de chômage est de plus en plus élevé. Le diplômé ou tout simplement le citoyen lambda  ne trouve pas de travail. Les talents sont ignorés.  La jeunesse est abandonnée à elle-même. Les vraies infrastructures de loisir sont quasi inexistantes. Le pays ne donne plus l’envie d’y vivre. Le gouvernement ne propose sérieusement aucune stratégie fiable de création  d’emploi et de mise en place de vrais plans de formation et d’apprentissage. Au contraire, elle encourage l’immigration clandestine en ne créant pas des structures pour sensibiliser sur la question et apporter des solutions adéquates aux problèmes de la jeunesse, laquelle a arrêté de rêver.  Les ressources du pays sont assez importantes pour empêcher les jeunes à se lancer à l’assaut de l’Europe en traversant la méditerranée, devenue un véritable cimetière à ciel ouvert. Le gouvernement a abandonné son peuple.


Notre responsabilité est tout aussi engagée. 


Nous sommes responsables des situations d’inconfort dans lesquelles nous mettons les jeunes. Les familles leur exercent une forte pression pour tenter l’immigration. Le jeune resté au pays, et plus particulièrement au village, sans diplôme, sans travail, ou avec des moyens dérisoires, est ignoré dans sa propre famille et dans son milieu social. Il ne bénéficie plus des mêmes avantages sociaux que ceux-là partis à l’étranger. Il perd la valeur de son état d’existence. Il est injustement traité. Les familles les exhortent à partir et à tenter les aventures même périlleuses. Elles vendent leurs biens pour financer leurs voyages. Le jeune qui n’a pas réussi la traversée de la mer et de retour au pays, devient la honte de la famille. 


Ceux de l’extérieur doivent aussi arrêter de mentir aux potentiels migrants et leur dire la vérité sur la vraie réalité de la vie en occident. Les proches des  candidats à l’immigration doivent aussi s’interdire de mobiliser des moyens par la cotisation pour financer  ce genre d’aventure tout en ignorant ses dangers.


Nous pouvons éviter ce jeu à la Roulette Russe. L’immigration n’est pas la seule issue à la réussite. Le passage par la mer dans des embarcations d’infortune pour atteindre l’Europe n’est pas une solution pour assurer la survie. C’est plutôt une solution contre la survie. Elle mène à la mort. Elle n’est pas digne. Elle nous déshumanise. Ceux qui sont morts ont laissé derrière des familles à jamais dans le chagrin. Il est temps d’y mettre fin.


Enfin, il reste important de rappeler que les autorités Mauritaniennes n’ont à ce jour, exprimer aucune volonté réelle pour mener des investigations et lancer un communiqué officiel pour apporter des éclairages sur les circonstances du naufrage et sur d’éventuelles recherches en cours ou de découvertes de corps et leur identification.


Nous, Association MAREMOU,  invitons le gouvernement


  •  A faire de la question de l’immigration clandestine un sujet central lors des prochaines prises de décision et à créer des structures de sensibilisation sur la question


  • A réaliser des investissements ciblés à l'endroit de la jeunesse dans des projets de développement multidimensionnels. 
  • A créer un service de renseignement pour démanteler les réseaux de trafiquants


Nous appelons


  • les acteurs et références communautaires  à faire preuve d’une réelle prise de  conscience sur le  caractère hasardeux et fataliste des aventures clandestines périlleuse sur les routes de la mort. 


  • les institutions internationales à faire preuve d’organisation avec des initiatives qui doivent déboucher sur des actions programmatiques en matière de développement dans les pays du Sud concernant notamment la jeunesse africaine.


Nous compatissons à la douleur des familles éplorées. Puisse Allah les accueillir en son Saint Paradis. Amine



L’Association MAREMOU                                                                                  Paris, le 2 février 2019



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