Soutien à Biram, Coalition Vivre Ensemble, candidature Ghazouani…Wane Abdoul Birane dit ses vérités

27/05/2019

                              

                                                                                                                                                           

                                        Pour le président de Touche pas à ma nationalité, Wane Abdoul Birane, le candidat Biram Dah ABEID est un "rassembleur".

Suffisant à ses yeux pour lui apporter son soutien. Mais pas que. Soutien à Biram, Coalition Vivre Ensemble, candidature Ghazouani…Wane Abdoul Birane, auteur du livre "Les Noirs de Mauritanie, entre résistance et résignation", dit ses vérités dans cet entretien avec CRIDEM.

CRIDEM : Vous avez signé le 23 Mai, à Nouakchott, un communiqué, avec le candidat Biram Dah ABEID, pour apporter votre soutien à ce dernier ? Qu’est-ce qui a motivé ce soutien ?

Avant tout, nous avons fait ce choix en hommes libres. Ce choix est logique dans la mesure où, parmi tous les candidats Biram Dah a le profil qui répond à nos critères, nous savons tous que depuis dix ans il reste constant dans la lutte contre le système et bénéficie d’un soutien considérable de jeunes de toutes les communautés et de toutes les catégories sociales, et surtout que son discours est très proche du nôtre. Biram est le candidat qui nous a approchés avec plus d’honnêteté et d’humilité et qui s’est montré disposé à prendre en charge nos différentes revendications, allant de la question foncière au règlement définitif de la question du génocide passant par la reconnaissance de nos langues. En plus la main qu’il nous a tendue est une preuve que quand on veut être élu à la tête d’un Etat, on doit se montrer rassembleur.

CRIDEM : Dans votre communiqué, vous dites, je vous cite : "ces élections représentent une opportunité historique de changement fondamental pour une nouvelle Mauritanie, juste et égalitaire". Est-ce que toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour aboutir à ce constat ?

Je ne dirai pas que toutes les conditions sont réunies quand on sait que le parti au pouvoir a toujours utilisé les moyens humains et matériels de l’Etat et en usant de chantage pour s’imposer. Seulement il faut préciser que certaines catégories de notre population qui étaient sous l’emprise de certains barrons ont bien compris que voter le candidat au pouvoir n’a fait qu’enfoncer les plus démunis dans la pauvreté et favoriser l’injustice et les inégalités. Je pense que pour une première fois le parti au pouvoir se sent menacé surtout que sa gestion des affaires a été catastrophique pour une majorité de la population. Aujourd’hui l’opposition a toutes les chances de réussir une alternance.

CRIDEM : En 2012, dans une interview avec le site mauritanien Essirage, vous disiez à propos de Biram Dah ABEID, je rappelle : "ne nous trompons pas d’adversaire, ni de cible et Biram Dah ould abeid n’est pas notre adversaire". Est-ce que ce rappel est toujours d’actualité ? 

Justement, c’est parce que nous sommes toujours dans les mêmes dispositions que nous l’avons choisi parmi tous les autres candidats. Certaines rumeurs ont été alimentées pour créer la zizanie, dans quel but ? Une chose est sûre, Biram et moi avons compris beaucoup de choses. Et je profite de l’occasion pour afficher mon étonnement quand je vois certains passer tout leur temps à nous critiquer alors que l’oppresseur est de l’autre côté. De notre côté nous avons demandé à toutes nos cellules en Mauritanie et à l’étranger de coordonner avec les structures du candidat Biram et de n’accorder aucune importance aux héros de WhatsApp et Facebook qui ont besoin de cet outil pour avoir un semblant d’existence.

CRIDEM : Le président du MPR (Mouvement pour la Refondation) Kane Hamidou Baba est candidat à l’élection présidentielle porté par la Coalition Vivre Ensemble qui réunit des leaders comme Ibrahima Moctar Sarr, Samba Thiam, Ballas, Ba Mamadou Alassane, Dr Alassane Dia ou encore Diop Amadou Tijane. Quel est votre avis sur ce regroupement politique inédit ?

Je commence d’abord par rappeler que cette coalition est le triomphe de ma pensée, l’histoire m’a donnée raison car j’ai été le premier à dire que le salut des négro-africains passe par un pôle fort ( interview jeune Afrique juillet 2012) .Reste maintenant à savoir si la coalition a été faite dans les règles de l’art. A l’époque ceux qui se retrouvent dans cette coalition (excepté Ba Mamadou Alassane) m’avaient clairement dit qu’il était hors de question de constituer un rassemblement de noirs uniquement. Pour l’histoire je dois rappeler ce qui s’est passé quand une commission que je présidais avait approché certains leaders.

Pour Ibrahima Sarr notre proposition était une mauvaise stratégie et quant à Kane Hamidou Baba aujourd’hui candidat il avait clairement fait savoir qu’il ne croit pas à un rassemblement de noirs uniquement, car la Mauritanie est faite de différentes communautés. Il ira plus loin en nous rappelant que des maures militent dans son parti, raison pour laquelle il ne peut aucunement adhérer à ce projet sinon il laisserait ses maures orphelins en désignant son vice-président qui était présent, et ses mots ont été dits devant des témoins qui sont encore vivants.

Trois ans auparavant quand les étudiants noirs ont manifesté pour dénoncer les propos racistes du premier ministre et du ministre de la culture nous nous sommes réunis chez le doyen Diawara Gagni, certains ont proposé une pétition demandant la démission du PM, Monsieur Kane avait encore fait comprendre d’une manière très claire qu’il ne pouvait pas adhérer à un projet qui réunit uniquement des noirs. Et à la veille de la présidentielle de 2009, dans le cadre des pourparlers entre lui et l’IMEJ, nous lui avons demandé s’il reconnait l’existence d’un racisme d’Etat en Mauritanie, nous n’avons jamais eu de réponse. Dans ce cas, en tant que personne dotée de raison, n’ai-je pas le droit de douter de la sincérité d’une telle candidature ? ce que je viens d’avancer je l’ai dit dans mon livre paru en juin 2018 avant même qu’on parle de cette candidature, au moins on ne dira pas que c’est par rapport à ces élections que je m’exprime ainsi.

Par ailleurs, nous n’avons jamais été associés au projet de la coalition vivre ensemble, aucun cadre ne nous a informés, et pourtant des membre du système dont un proche conseiller du président Ould Abdel Aziz était invité de marque à la réunion qui a abouti à la création de cette coalition, alors que devons-nous comprendre par-là ? Si réellement le projet est de fédérer la communauté, pourquoi associer certains et écarter d’autres ? Heureusement que moi Abdoul Birane Ciré Ibra et l’organisation que je dirige nous n’avons pas besoin d’un tuteur pour être considérés comme des membres de la communauté peule. Qu’ils nous prouvent qu’ils sont plus légitimes que nous.

J’aimerais quand même apporter une précision, je ne sais pas sur quoi se basent certains pour parler au nom de toute une communauté ? Qu’on se dise la vérité, combien d’illustres enfants De ladite communauté ne sont pas dans cette coalition ? Qui peut prétendre avoir fait mieux que maître Fatimata Mbaye ou Kadiata Malick Diallo et d’autres bien sûr, et pourtant ils ne sont pas de cette coalition. Je rappelle que Kadiata Diallo a été l’unique député noire à avoir eu le courage de nous accueillir lors d’une marche en 2011, et où étaient nos héros du jour ? Et le jour où il y aura échec ils doivent assumer entièrement les conséquences, sans se dérober.

CRIDEM : Evoquons la candidature de Ghazouani qui s’est déclaré le candidat du consensus. Avez-vous la même impression ?

Je pense qu’il voulait dire qu’il est le candidat de la continuité d’un système raciste et esclavagiste qui écrase les faibles et s’enrichit sur le dos des pauvres. Dix ans que les militaires sont au pouvoir, il est temps qu’ils partent pour le bien de tous.

Propos recueillis par
Babacar Baye NDIAYE

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