Caritas - Formations de jeunes : "Il faut insister sur la formation, pour éviter les violentes déviances"

23/10/2019

En plein cœur de Dar Naïm, au siège du programme urbain pour la commune de Caritas, 83 jeunes en déperdition scolaire, et en situation de non-scolarisation, ont été formés durant cette année, à différents métiers. La remise des diplômes a eu lieu en présence du maire de la commune et des parents d’élèves émus. 

83 jeunes, dont plus de la moitié des femmes, ont bénéficié de formations professionnelles durant cette année, dans différents secteurs : électricité en bâtiment, menuiserie de l’aluminium, coiffure, teinture, mécanique, développement personnel, et/ou informatique.


« Avant qu'ils n'arrivent, la plupart étaient en situation de déperdition scolaire ou non-scolarisés. Ils traînaient dans les quartiers de Dar Naim, ou à la maison, à ne rien faire. Nous avons donc choisi de travailler avec les associations de Dar Naim pour identifier les plus précaires d'entre eux. Nous avons également sollicité l'association des parents d'élèves et la mairie. Nous avons donc pris les plus démunis et les plus motivés, avec une intense enquête géolocalisée » explique Yacouba Tandia, chef du programme urbain de Dar Naïm.

Pour impliquer encore davantage ces jeunes sélectionnés, des conventions ont été signées avec les parents, pour mieux asseoir le déroulement de la formation de leurs enfants. « Sur les 83 jeunes, certains se sont réinscrits pour un cursus de 2 ans, et d'autres se sont lancés dans le commerce. 2 se sont lancés dans les concours publics, dont un mécanicien naval. Il y a 5 sourds et muets également formés au niveau du centre » précise Aissatou Niane, animatrice à Caritas.

                                 

Khadjetou Ba a été formée en menuiserie-aluminium au niveau du programme urbain de Caritas à Dar NaÏm. Crédit : MLK/Mozaikrim

Khadjetou Ba a été formée en menuiserie-aluminium au niveau du programme urbain de Caritas à Dar NaÏm. Crédit : MLK/Mozaikrim

                              

Khadjetou Ba a été formée en menuiserie-aluminium. « J’ai échoué 2 fois au bac, et je suis arrivée ici. J'ai enchaîné différentes formations, dont la menuiserie. J'ai actuellement du mal à trouver des stages, car on ne valorise pas dans ce milieu dit masculin, la compétence féminine. Après avoir en vain tenté de trouver un stage, j’ai souscrit un programme de financement de projet. On m’a remis 4.000 anciens ouguiyas pour commencer un commerce (de cosmétiques - ndlr). Aujourd'hui ça marche bien grâce à Dieu. J'ai même ouvert un compte professionnel pour payer les virements des produits achetés au Maroc. Mais je continue parallèlement à chercher des opportunités dans la menuiserie ».

 

                                 

Ibrahim Khalil Mohamed, apprenti producteur musical. Crédit : MLK/Mozaikrim

Ibrahim Khalil Mohamed, apprenti producteur musical. Crédit : MLK/Mozaikrim

                              

A côté, Ibrahim Khalil Mohamed, attend patiemment la cérémonie de remise des diplômes. « J'étais élève au lycée et bénévole d'associations de théâtres et culturelles. En arrivant au programme urbain de Caritas à Dar Naïm, j’ai bénéficié de plusieurs formations dont le développement personnel et le théâtre. Aujourd'hui, j'essaie de travailler sur la musique. J'ai un label de production (Tidinit Production - page Facebook) avec le studio basé à Arafat. Je produis de tout, entre la soul surtout, le rap et lechant traditionnel » raconte le jeune musicien.

                             

Eviter la délinquance par la formation

 

Dar Naïm est l’une des communes les plus pauvres et excentrées de la communauté urbaine de Nouakchott. Son histoire est directement liée aux arrivées massives dans la capitale et au développement de l’habitat spontané. Elle connait une évolution démographique importante (144 043 habitants en 2013, contre 91 189 en 2012 et 64 666 habitants en 2000). Les jeunes constituent une frange importante de la population de Dar Naïm, dont ils représentent 76% (moins de 35 ans). Ils sont pour une grande majorité d’entre eux déscolarisés et sans emploi (31,2% de jeunes au chômage). Peu d’activités leur sont proposées au niveau institutionnel et au niveau associatif. Les infrastructures socio-éducatives sont insuffisantes et sous-équipées, et par conséquent, ne sont pas à même de jouer leur rôle d’appui au développement et d’autonomisation des jeunes.
 

Le maire de Dar Naïm, Mama Ould Khotob Ould Mama, invité d’honneur de la cérémonie, tient à insister sur l’opportunité que ces formations offrent à la commune. « Nous avons une population de jeunes en difficulté aussi bien sur le plan éducatif que professionnel. Ces formations assurent que ces jeunes ne suivront pas un sentier de perdition dans les rues, avec la délinquance juvénile qui existe. Aujourd'hui ils peuvent être fiers d'être, ou d’espérer raisonnablement être, des éléments actifs de la société » suppute le chef de la commune.

 

                                 

Aminetou Abdallahi, électricienne en bâtiment.  Crédit : MLK / Mozaikrim

Aminetou Abdallahi, électricienne en bâtiment.  Crédit : MLK / Mozaikrim

                              

Aminetou Abdallahi électricienne en bâtiment et réinscrite au centre de formation d'insertion professionnelle, est manifestement fière d’elle. « Avant d'être intégrée au programme de formation de Caritas, je ne faisais rien, j'étais à la maison. J'ai été formée en informatique ensuite au centre de formation de Dar Naïm, avant d'arriver à Caritas et apprendre l'électricité en bâtiment. A la maison nous n'avons plus besoin d'appeler un électricien et même les voisins font appel à mes services ! J'ai fait un stage de 3 mois au centre d'électricité du marché de la capitale. J'aimerais bien valoriser ce que j’ai appris en travaillant » espère la jeune femme.

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