Lutte contre le coronavirus : une affaire de tous

07/04/2020

Depuis l’apparition du coronavirus Covid-19 en Chine en décembre dernier, il a emporté dans son sillage funeste des personnalités emblématiques qui lui donnent un visage mais aussi beaucoup d’anonymes. Quatre mauritaniens ont déjà perdu la vie dans cette crise sanitaire mondiale, trois en France et une en Mauritanie dans des conditions qui méritent d’être élucidées pour que nous puissions non seulement contenir les effets dévastateurs de cette pandémie chez nous mais aussi protéger les droits des personnes confinées et affectées directement et indirectement. 

Tout en partageant la douleur de toutes les familles éplorées et en saluant la mémoire de tous les disparus, il serait utile de s’appesantir sur le cas de Mariem Sanogho, survenu à Nouakchott et qui interpelle la conscience des services de santé du pays qui étaient en charge de sa santé.

En effet comme dans tous les pays touchés par cette pandémie, la Mauritanie a pris des mesures pour faire face à la propagation du virus en annulant des vols, en fermant des frontières, en imposant des mesures de distanciations sociales et ou physiques, en instaurant un couvre-feu  sur tout le territoire national de 18h jusqu’à 6h du matin, en limitant la circulation, en prenant des mesures sociales pour atténuer les effets de cette crise sanitaire mondiale sur les ménages les plus vulnérables.

La diaspora a droit au respect 

C’est dans ce contexte que sont intervenus l’arrivée de Mariem Sanogho de Paris le 16 mars, son confinement dans un hôtel de Nouakchott et son décès le 30 mars sans jamais subir de test de dépistage de son vivant. L’annonce de son décès  par le Ministre de la  santé des suites de coronavirus a suscité beaucoup de polémiques qui se sont traduites par des voix dissonantes qui ont fusé de tous côtés (parents et amis, citoyens de toutes sensibilités et souvent avec un ton pathétique).

Pour calmer le jeu, le Comité interministériel sur le coronavirus, piloté par le Premier ministre, Ismael Boddé Cheikh Sidiya, a décidé d’ouvrir une enquête pour déterminer les circonstances du décès.

Mariem, comme tous les mauritaniens de la diaspora ont droit à notre respect et notre considération. Partis monnayer leurs talents ailleurs faute d’opportunités chez eux, les mauritaniens vivant à l’étranger restent attachés à leur pays. Au prix de beaucoup de privations, ils investissent dans l’éducation, la santé, les lieux de cultes, l’habitat et la prise en charge de milliers de familles qui dépendent à 100% d’eux. Tout cela a impact considérable  l’économie nationale. 

Mesures étatiques

Conscient des effets économiques de la pandémie sur les mauritaniens, le Président Mouhamed Ould Cheikh El Ghazouani, dans son adresse à la nation du 25 mars, a annoncé une série de mesures louables parmi lesquelles l’allocation d’un montant de 5 milliards MRO destinés à l’aide à 30 mille familles pauvres pendant trois mois y compris des femmes chefs de ménage, des personnes du troisième âge et des personnes vivant avec un handicap. 


Comme tous les pays frappés par l’épidémie de COVID19, l’objectif de la Mauritanie est de limiter le plus possible le nombre de cas qui passe par la mise en quarantaine et la mise en place de mesures de distanciation sociales entre autres. Cela ne va pas sans conséquences sur une économie essentiellement marquée par le secteur informel qui occupe la plupart des mauritaniens des villes et des campagnes. Cela impose un changement de paradigme pour faire face à cette nouvelle situation.     

Ce contexte de lutte contre le COVID-19 rend encore plus pertinent la nécessité de renforcer nos mécanismes de solidarité et d’en inventer d’autres pour notre résilience économique et sociale.

La solidarité

Face à ce choc qui a surpris l’humanité entière, l’heure est à la compassion à la solidarité et au partage mais dans le respect de notre diversité et dans la transparence. Oulémas, autorités sanitaires et militaires doivent œuvrer pour une bonne gestion de cette période cruciale de la vie du pays. Il faut éviter les excès et la paralysie des activités de survie des populations. Oui au confinement mais dans le respect des droits fondamentaux des populations. 

En plus des mesures de protection sociale mises en place pour permettre aux personnes vulnérables d’avoir accès aux ressources essentielles. L’avènement du Coronavirus doit être une occasion de repenser notre système de santé, en augmentant ses performances pour éviter de perdre d’autres êtres chers.  

La fraternité au cœur de relations

En un mot, il est temps de travailler ensemble à l’avènement d’un nouvel ordre qui met la fraternité humaine au cœur des relations. Pour inventer cette nouvelle fraternité la société civile, les opérateurs économiques et tous les segments de la société et leurs représentants légitimes doivent jouer leur partition au côté de l’Etat. Nos quartiers, villages, Adwaba et campements doivent sentir les effets positifs de cette nouvelle fraternité qui doit être porteuse de nouvelles formes de solidarités jamais vécues dans notre pays qui a besoin de renforcer sa cohésion devant cet ennemi invisible qui a fini de démontrer que même les puissances économiques mondiales sont vulnérables.  

Nous devons être capables de fournir l’eau, la nourriture et les soins à tous ceux qui en ont besoin dans la dignité sans oublier l’éducation des enfants qui ne doit pas attendre la fin de cette pandémie. Tout cela constitue une immense tâche pour le Ministère de la santé et le gouvernement dans son ensemble dans un contexte marqué par une exigence de redevabilité.

Yacouba  Kissima Tandia                         

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