Accueil
OCVIDH | Organisation Contre les Violations des Droits Humains|ADMIN
OCVIDH

Accord de pêche Sénégal - Mauritanie: Nouakchott joue les prolongations


nombre de lecture: 417


25/05/2018

 

Elhourriya - Les relations entre la Mauritanie et le Sénégal sont faites, depuis les évènements d’avril 1989, de flux et de reflux mais elles n’ont jamais été aussi méfiantes qu’en ce moment où, pourtant, les raisons d’une bonne entente sont plus qu’évidentes. Si l’on n’évoque que les intérêts stratégiques et économiques des deux pays.

Alors que Dakar avait annoncé comme imminente la signature d’un nouvel accord permettant aux pêcheurs de Saint-Louis de revenir légalement dans les eaux territoriales mauritaniennes. Même si, selon certaines sources, la Mauritanie consentirait une augmentation du tonnage -auparavant fixé à 50.000 tonnes par an - et une baisse de la taxe sur les prises.

En attendant, le retour est différé parce qu’il faut que les installations de débarquement, aux environs du village de Ndiago, au plus près de la frontière deSaint-Louis, soient prêtent, explique les autorités mauritaniennes !

On pensait pourtant que la visite effectuée par le président Macky Sall à Nouakchott, en février dernier, avait désamorcé la crise survenue suite à la mort d’un pêcheur sénégalais tombé sous les balles de garde-côtes mauritaniens. On oublie, très souvent, que la question des ressources halieutiques mauritaniennes convoitées par le Sénégal, dans le cadre d’un accord de pêche très flexible, est lieu à des enjeux beaucoup plus importants pour Nouakchott.

Il y a d’abord que le président Mohamed Ould Abdel Aziz cherche à faire taire des opposants à son régime installés au Sénégal depuis plusieurs années (les chanteurs Wlad Leblad et des journalistes réputés proches de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou). Récemment, la presse sénégalaise a évoqué l’arrestation de l’un des membres de ce groupe et sa possible extradition vers Nouakchott. Ce serait alors la seconde manœuvre réussie du gouvernement mauritanien qui avait demandé – et réussi – il y a deux mois l’arrestation puis l’extradition d’Ould Bouna, un poète installé aux Emirats arabes unis qu’un court séjour dans les prisons de Nouakchott a fini par ramener à la « raison » du pouvoir.

Pour Dakar aussi, Nouakchott n’est pas exempt de reproches. Ould Abdel Aziz n’a-t-il pas exclu le Sénégal du G5 Sahel, une organisation dédié à la lutte contre le terrorisme dans la sous-région soutenue fortement par la France et l’Onu ? Pire, Dakar suspecte même le régime de Nouakchott d’empêcher son « repêchage »dans cette organisation qui devrait procéder, dans sa structuration, par proximités (Sénégal, Mali, Maroc, Algérie) avant le Niger, le Burkina et le Tchad pourtant touchés eux aussi par le fléau du terrorisme. 

Le second enjeu est beaucoup plus important. Il s’agit de l’accord de partage de production du gaz découvert par Kosmos Energy sur la frontière maritime entre les deux pays. Certes, la société américaine alliée depuis décembre 2016, à la major britannique BP, est confiante dans les démarches qu’elle mène pour que Macky Sall et Ould Abdel Aziz s’entendent au moins sur ce dossier aux retombées économiques considérables pour leurs pays, mais la Mauritanie s’est montré moins pressée que le Sénégal pour sceller un accord de partage, sans être sûre qu’il est plus avantageux que ceux conclus, dans le passé, avec Kinross (or) et MCM (cuivre).

Prévue pour 2021, l’exploitation du gaz est déjà un enjeu de taille dans les élections présidentielles de 2019 en Mauritanie et au Sénégal. Les présidents sortants veulent, au moins, partir avec l’avantage qu’offre une bonne opportunité économique, alors que l’opposition, qui voit tout en noir, appelle à une alternance permettant de sauver ce qui peut encore l’être.

Concernant l’accord de pêche, les deux ministères en charge du dossier rassurent : « L’accord sera signé sous peu, nous sommes dans la dernière ligne droite », assure-t-on, côté mauritanien. Pas plus d’inquiétude du côté de Dakar, qui rappelle toutefois qu’il est important que l’accord entre les deux pays au sujet des ressources issues de la pêche soit signé le plus vite possible.

En attendant que tout soit prêt, une dérogation devrait être accordée aux pêcheurs sénégalais, qui demandent à reprendre très vite la mer. Ils pourraient temporairement être autorisés à débarquer leur prise directement au Sénégal, sous réserve que Nouakchott arrive à mettre sur pied des mesures de contrôle des pirogues et de leur pêche.

Sneiba Mohamed

Source : Afrimag (Maroc)