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De la Participation des jeunes en politique (Libre Expression)


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16/05/2018

 

Tandia Cheikhna Mbouh- Ça devait être le thème d’un débat ce 12 Mai passé. Mais les jeunes n’ont semble-t-il pas le droit de parler de politique entre eux ; ils n’ont pas le droit de se réunir pour discuter des questions centrales qui interpellent l’avenir de ce pays. 

C’est en tout cas, le sens que l’on peut donner à la décision ou devrais-je dire la « non décision » du Hakem du département de Ksar, suite à une « demande » pour la tenue d’une rencontre sur « la participation des jeunes en politique ». 

Un débat qui devait regrouper des jeunes de différentes sensibilités qui forment actuellement l’échiquier politique en Mauritanie. Majorité, opposition ; société civile. Le but était de prendre la mesure d’un dynamisme nouveau chez les jeunes mauritaniens qui s’intéressent de plus en plus à la politique. Comprendre les enjeux et perspectives de l’engagement de ces jeunes. 

Une remise en question d’une liberté fondamentale prescrite par la loi mère de notre pays, la constitution qui en son article 10 assure à « ...tous les citoyens les libertés publiques et individuelles.. » ; « la liberté d'opinion et de pensée; la liberté d'expression; la liberté de réunion…» et que ces dites libertés ne pourraient être limitées que par la loi.

Mais comme on le sait tous, chez nous en Mauritanie, parler de droits ; de libertés publiques, cela fait rire tellement que le non droit est ancré dans les habitudes ; c’est une culture qu’une bonne partie du peuple s’est assimilée bon gré mal gré.

Dans le rapport gouvernant-gouverné, les libertés sont fixées par le gouvernant selon ses humeurs ; les textes ne sont que du papier pour beaucoup. Nous vivons dans un pays où une bonne partie du peuple développe le fantasme d’intégrer la fonction publique pour être roi de quelque chose ; roi de quelque part. 

Pour beaucoup de mauritaniens, la fonction publique est la porte de la facilité où l’on peut s’enrichir sans travailler ; la porte ouverte à toute sorte d’abus sans jamais être inquiété. 

Assumer les fonctions régaliennes devrait être un honneur pour tout citoyen parce que l’on a la noble opportunité de servir le peuple dans les limites de ses droits et libertés. Parce que l’on a l’opportunité d’inscrire en lettres d’or son nom sur les annales de l’évolution de son pays.

Bref…parlons de la participation des jeunes en politique puisqu’on veut semble-t-il nous en empêcher…

Des jeunes qui développent l’envie, la volonté de s’engager en politique ou franchissent le pas politique doivent soulever un vent d’espoir au sein de toute nation ; on dira que la relève est assurée. 

Et en Mauritanie où nous assistons à un vieillissement de la classe politique, il est impératif que de nouveaux leaders politiques émergent avec une nouvelle approche, de nouvelles idées pour impulser un changement véritable pour le bien de tous.

Cette participation des jeunes en politique, se heurte à des enjeux liés à la culture ; la loi ; mais également à la question des finances.

Culturellement, sommes-nous prêts en Mauritanie à voter pour des « gosses » ? À créer au sein des partis politiques les conditions de l’expression d’un certain leadership politique jeune ? Ces questions se posent puisque dans notre entendement culturel (classique), le jeune doit se ranger derrière l’ainé ; il doit se fondre dans la masse des ainés. 

C’est ce cliché sociétal qui se répercute sur le plan politique. Pendant de longues années les jeunes étaient plus des objets politiques que des sujets politiques.

On se servait d’eux pour les campagnes ; la mobilisation ; pour l’animation, le vote, uniquement. Aujourd’hui à travers cette volonté de participation, de leadership politique chez les jeunes ; c’est une certaine remise en question de ce statut archaïque.

La question de la loi se pose aussi par rapport à la participation des jeunes en politique. L’âge légal de candidature à certaines fonctions ; « l’impossibilité » des candidatures indépendantes sont entre autres des conditions qui ne favorisent pas une telle participation.

La ratification par notre pays de la charte africaine de la jeunesse est une base juridique qui vient renforcer les efforts de promotion des jeunes dans la vie politique et publique des états parties.

En effet, c’est sous l’impulsion de cette charte qu’on a assisté à la création de conseils régionaux de jeunesse dans plusieurs pays africains et nous avons en Mauritanie le haut conseil de la jeunesse. Son statut juridique ; le mode de désignation des membres de cette institution réputée de jeunesse ne permettent pas de croire à une réelle volonté des pouvoirs publics dans la promotion d’un rôle politique conséquent pour les jeunes.

Enfin la question des finances ; faire de la politique demande de l’argent. Il s’agit concrètement du financement des partis politiques en Mauritanie. Innover dans le sens d’un modèle de sponsoring politique pour les jeunes (optimisme) car un jeune sans ressources ne fera pas long feu en politique.

La prise de conscience du peuple mauritanien sur la chose publique ne peut se faire qu’en jouant la carte de la proximité et cela demande des moyens. Concrètement, la contribution politique des jeunes en Mauritanie est un enjeu de développement pour le pays. 

Avec une vision ; une nouvelle approche sur les questions du vivre ensemble ; ces jeunes leaders politiques qui émergent doivent faire la politique autrement ; la politique de proximité auprès du peuple à travers une idéologie qui tienne compte de ses besoins essentiels. 

Cheikhna Mbouh Tandia
Juriste d’affaires