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Entretien avec Toka Diagana : "Notre développement passe nécessairement par la recherche et pas autre chose"


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28/03/2018

Initiatives News - Toka Diagana est un mathématicien mauritanien. Enseignant aux Etats-Unis, en Arabie Saoudite et dans plusieurs universités à travers le monde, cet intellectuel est engagé pour la promotion des sciences.

De passage en Mauritanie pour l’organisation du concours pour le prix Yahya Ould Hamidoune, à la mémoire de cet autre mathématicien dont il ne cesse de saluer la mémoire, Toka DIAGANA qui compte selon le magazine New African parmi les 100 scientifiques africains de l’année 2018, plaide dans cet entretien pour la promotion de la recherche qui à ses yeux est gage développement pour l’Afrique.

Initiatives News: Vous venez d’organiser la 7ème édition du prix « Yahya O. Hamidoune » a été révélée lundi à Nouakchott. Quelles perspectives ce prix permet-il aux lauréats?

Tout d’abord; permettez moi de vous remercier de l’invitation pour discuter du Prix Yahya Ould Hamidoune.

Par ailleurs, je saisis cette occasion aussi pour souhaiter bonne chance à Initiatives News dans le paysage médiatique mauritanien.

Pour en revenir à votre question, je pense que le Prix Yahya Ould Hamidoune est une chance pour les étudiants mauritaniens dans la mesure où il offre quelques possibilités de perfectionnements aux lauréats.

En effet, nous offrons à certains des lauréats et dans la mesure du possible, une bourse d’initiation à la recherche d’une ou de plusieurs semaines au sein d’une institution universitaire ou assimilée, à l’étranger.

« Le Prix Yahya Ould Hamidoune est une chance pour les étudiants mauritaniens.»

Notons que jusque-là, c’est l’école Polytechnique de Paris qui a servi d’institution d’accueil pour nos lauréats. Je tiens absolument à remercier l’Ambassade de France à Nouakchott et l’École Polytechnique de Paris d’avoir jusque-là assuré les billets d’avion et les bourses d’initiation à la recherche précitées. J’en profite également pour remercier tous nos partenaires et sponsors (l’Ambassade de France à Nouakchott, l’Ecole Polytechnique de Paris, TARMAC, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, etc.) pour le soutien qu’ils nous apportent; un soutien sans lequel ce Prix n’aurait pas pu exister ou continuer de faire l’objet de concours.

"Nous souhaitons mettre ce Fonds Bibliothécaire Yahya Ould Hamidoune à la disposition des étudiants et professeurs de l’université de Nouakchott"

Je souhaite remercier particulièrement cette année le Gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie M. Abel Aziz Ould Dahi et le PDG de la Banque mauritanienne pour le commerce international M. Moulay Abbas pour le soutien que PROMATH (Association pour la promotion des mathématiques en Mauritanie) a reçu de leurs banques respectives. Nous espérons que d’autres institutions mauritaniennes leur emboiteront le pas. En effet, il y va de l’avenir du Prix Yahya Ould Hamidoune et de la promotion des mathématiques en Mauritanie.

Je profite également de la tribune que vous m’offrez pour poser le problème du Fonds Bibliothécaire Yahya Ould Hamidoune. Le Fonds Bibliothécaire Yahya Ould Hamidoune est une bibliothèque riche de plus de 600 livres offerts par les plus grands éditeurs en mathématiques et en informatique au Prix Yahya Ould Hamidoune.

Nous souhaitons mettre ce Fonds Bibliothécaire Yahya Ould Hamidoune à la disposition des étudiants et professeurs de l’université de Nouakchott. Pour cela, il est important que l’on puisse créer une base des données, comme dans toutes les bibliothèques, pour nous assurer que les livres prêtés seront retournés.

Pour l’instant, nous manquons de moyens pour créer cette base des données. De plus, on a du mal à trouver un local permanent pour héberger le Fonds Bibliothécaire Yahya Ould Hamidoune. Je lance donc un appel; en tant que Président de PROMATH; aux éventuels sponsors pour nous aider à résoudre ces deux problèmes.

Initiatives News: Cette année, vous avez été cité par le magazine New African parmi les 100 personnalités africaines de l’année 2018 dans la catégorie science et recherches. Vous publierez cette année un nouveau livre sous le titre “Semilinear Evolution Equations and Their Applications”. Avez-vous d’autres projets scientifiques pour l’Afrique?

Je suis honoré et flatté d’être sur cette prestigieuse liste. Par conséquent, je remercie le Magazine New African d’avoir pensé à moi pour sa liste des 100 personnalités africaines de l’année 2018 dans la catégorie science et recherche.

En effet; je viens de boucler l’écriture une nouvelle monographie intitulée “Semilinear Evolution Equations and Their Applications” (a paraitre chez Springer, New York).

Le but de ce livre consiste à présenter les tendances et développements récents sur l’étude des équations d’évolution semilineaires y compris singulières, des équations aux différences semilineaires, des équations d’évolution fractionnaires et ainsi que leurs applications aux équations aux dérivées partielles et à la dynamique des populations. Ce livre est dédié au dramaturge, auteur, et sociologue mauritanien Dr. Moussa Diagana — décédé il y a quelques mois.

Je compte travailler sur quelques projets scientifiques les mois à venir. En particulier, j’ai récemment été invité par les collègues Sénégalais à servir dans le Comité Scientifique d’un recueil de textes mathématiques dédiés au Professeur Galaye DIA —- décédé en 2013. Je compte y apporter mes modestes contributions. Par ailleurs, je continuerai de venir enseigner un peu partout en Afrique et ainsi aider à la formation de l’élite africaine de demain.

« La plus part des problèmes auxquels nos pays sont confrontés de nos jours ne peuvent être résolus que par le biais de la recherche. »

Initiatives News: Mauritanien, passionné pour la science, pour les mathématiques notamment, avez vous l’impression que la jeunesse de votre pays, en particulier et de l’Afrique en général, peut relever le pari du développement grâce à la recherche scientifique?

J’en suis absolument convaincu. La plus part des problèmes auxquels nos pays sont confrontés de nos jours ne peuvent être résolus que par le biais de la recherche. Comment peut-on résoudre le problème du paludisme si ce n’est par le biais de la recherche scientifique? Idem pour les problèmes de diabète, de l’hypertension, du HIV/Sida, des vents de sable, de l’accès a l’eau potable, etc.

Nous devons absolument investir dans notre système éducatif et encourager la recherche fondamentale et appliquée dans tous les secteurs.

«… se mettre ensemble en créant des groupes de recherche régionaux et/ou sous régionaux »

Notre développement passe nécessairement par la recherche et pas autre chose. Ce qui est vrai aussi c’est qu’aucun de nos pays ne peut y arriver tout seul dans la mesure où la recherche requiert des moyens humains et financiers très importants. Je pense qu’un des moyens d’y arriver est de se mettre ensemble en créant des groupes de recherche régionaux et/ou sous régionaux.

L’idée consiste à fédérer un certain nombre d’universités et de centres de recherche en Afrique autour de pôles de recherche communs pour résoudre les problèmes auxquels les pays africains sont confrontés.

Propos recueillis par Kissima