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Mode d’emploi de la gabegie (suite)


nombre de lecture: 321


06/06/2018

 

Depuis quelques jours, les journaux, les sites, les réseaux sociaux et, même, la TVM – certainement à son corps défendant – se sont tous fait l’écho d’un débat houleux à l’Assemblée nationale, entre le ministre de l’Économie et des Finances et un député pourtant encarté « parti au pouvoir ». Tout est parti d’une flèche décochée, par cet élu, lors d’une intervention devant ses collègues. Fustigeant les disparités de salaires dans la Fonction publique, il n’a pas hésité à déclarer qu’une seule personne gagne vingt-cinq millions de nos anciennes ouguiyas par mois. Le tonitruant ministre de l’Économie, qui se sentait certainement visé, sort alors de ses gonds et s’attaque frontalement à Ould Babana, le député de Barkéol, auteur de la sortie. Ce dernier revient à la charge, lors de la plénière suivante, et cite nommément Ould Djay, disposant de comptes au Trésor public, alimentés par la Douane et les Impôts,  au motif de lutte contre la fraude, et dans lesquels il puise à sa convenance.  Le député demande même à l’Assemblée de désigner une commission parlementaire pour vérifier ses dires et s’engage à présenter sa démission sur le champ,  si ses propos se révèlent erronés. Clair comme de l’eau de roche.

Pour toute réponse, Ould Djay fait fuiter, dans la presse, le relevé d’un compte d’où quarante-cinq millions d’anciennes ouguiyas ‘’seulement’’ se sont évaporés, en cinq mois. Du travail d’orfèvre. D’importantes sommes ont été retirées, par un porteur indéfini. Si, comme il le prétend, Ould Djay n’a rien à se reprocher, pourquoi n’exige-il pas, lui-même, une commission d’enquête parlementaire, pour le disculper ? Cela le grandirait et contribuerait grandement à faire éclater la vérité. Mais il n’y a aucune chance qu’il en soit ainsi. La gestion de cette manne est entourée d’une telle opacité que personne, surtout pas le premier concerné, n’a intérêt à ce que certains détails soient dévoilés. Telle une boîte de Pandore qu’il faut éviter soigneusement d’ouvrir. Pourtant, celui qui se veut champion de la bonne gestion et de la transparence n’est pas exempt de tout reproche, au moins sur ce dossier. Il suffit de voir sa réaction, pour se rendre compte qu’en cette affaire, il y a bel et bien anguille sous roche. Accusé de prodigalité envers lui-même, l’homme se veut paradoxalement champion de la rigueur budgétaire. C’est lui qui a réduit à néant les budgets de fonctionnement des sociétés d’État, des ministères et autres projets ; exigé que tous les salaires, même ceux des employés des sociétés financièrement autonomes, soient payés par le Trésor public ; privé les enseignants des indemnités de craie et d’éloignement ; refusé la moindre augmentation de salaire aux médecins. Un statisticien devenu économe, par intermittence, gérant le budget de l’État à sa convenance.  Libérant des milliards pour les uns et refusant le minimum vital aux autres. Comme l’Imprimerie nationale dont les employés n’ont pas vu la couleur de l’argent depuis trois mois. J’évoquais, il y a quinze jours, le mode d’emploi de la gabegie. Je ne m’attendais évidemment pas à ce qu’un député UPR en demande une notice explicative. Une bonne suite… en attendant quelle fin ? En tout cas et au nom de tous, merci, monsieur Ould Babana !

Ahmed Ould Cheikh